Et si on parlait de décembre...
- il y a 2 jours
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Il y a des mois qui changent tout et, décembre a été l'un d'eux.
Je ne vais pas tout raconter. Certaines choses m'appartiennent, et je n'ai pas encore les mots - ou l'envie - de les partager. Mais je peux dire que décembre a été un tournant. Le moment où quelque chose s'est cassé. Le moment où mon corps a lâché et où j'ai compris que je ne pouvais plus faire semblant.
Parce qu'en vrai... ça faisait bien longtemps que ça n'allait pas.
Pas juste depuis décembre. Depuis bien plus longtemps que ça. Une vie entière à me sentir à côté de la plaque. À ne pas rentrer dans les cases. À porter les autres à bout de bras tout en minimisant ce que je ressentais moi. Ça passera. Toujours cette petite voix intérieure. Ça passera.
Sauf que non. Ça ne passe pas tout seul.
La tête qui ne s'arrête jamais. Ce mal être sourd et permanent, qui est là même quand tout va bien sur le papier. Parce que oui, j'ai tout pour être heureuse : un homme formidable, deux enfants en pleine forme, un toit au dessus de ma tête. Tout pour être heureuse. Et pourtant...
Se sentir dépassée par tout et par rien. Ne plus avoir envie de rien ; pas même de sortir du lit ou de prendre une douche. Se demander en boucle ce qu'on fait là. Sourire quand même. Parce qu'il le faut. Parce que les autres ne doivent pas voir.
Je me déteste depuis longtemps. Pour tout te dire, depuis l'enfance. C'est quelque chose que je n'ai jamais dit à voix haute. Mais c'est là, ancré profondément. Et j'y travaille. J'apprends - lentement, maladroitement - à être bienveillante envers moi même. C'est peut être le chemin le plus difficile que j'aie jamais emprunté.
Admettre qu'on va mal, c'est peut être la chose la plus courageuse qui soit. Il y a cette honte sourde qui fait qu'on préfère sourire et dire que ça va plutôt que de montrer qu'on se noie. Alors on minimise. On gère. On sourit encore. Jusqu'au moment où on ne peut plus.
Moi j'ai eu de la chance. Une copine a vu. Pas parce que je lui avais tout dit mais parce qu'elle regardait vraiment, au delà des sourires. Elle m'a encouragée à en parler. Une autre m'a orientée vers un médecin. Un médecin qui prend le temps, qui écoute et entend, qui n'a pas jugé ni minimisé ce que je ressentais. Il a posé un diagnostic, ouvert des portes, émis des suppositions pour aller plus loin. Et une psy avec qui le contact s'est fait naturellement, presque avec évidence.
Et puis il y a mon Barbu, mon pilier. Celui qui est resté là, toujours, sans faillir, sans jamais me faire sentir comme un fardeau. Je ne serais pas en train d'écrire ces mots sans lui.
Accepter les mains tendues, c'est un acte de courage. Pas de faiblesse. C'est la chose la plus importante que j'ai apprise ces derniers mois.
L'écriture m'a aidée aussi. D'une façon que je n'avais pas anticipée. Poser les mots sur ce que je ressentais, même en vrac, même maladroitement, même la nuit quand le silence pèse a été une façon de me retrouver. De mettre un peu d'ordre dans le chaos. L'écriture ne guérit pas. Mais elle libère. Elle permet de se voir autrement, de nommer ce qu'on n'arrive pas à dire à voix haute.
C'est pour ça que j'ai envie d'en faire quelque chose. De tisser un lien entre les mots et le fil. Entre l'écriture et le tricot. Deux façons de créer, de se poser, de revenir à soi.
La guérison n'est pas une ligne droite. C'est un chemin long et sinueux, avec des jours où on avance et des jours où on recule. Des matins où on se lève fière de soi et des soirs où la honte revient frapper à la porte. Mais on avance. Doucement. Imparfaitement. Et c'est suffisant.
Si tu lis ces lignes et que tu te reconnais... je veux que tu saches que tu n'es pas seule. Que ce que tu ressens est réel et légitime. Qu'il n'y a aucune honte à aller mal. Et qu'il n'y a aucune honte à tendre la main.
Promis, on peut s'en sortir.
Je le sais parce que je suis en train de le vivre, un jour après l'autre.

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